Allium sativum (PROTA)

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répartition en Afrique (cultivé)
1, 2, port de la plante ; 3, bulbe ; 4, inflorescence. Source: PROSEA
bulbes
culture au champ
port de la plante

Allium sativum L.


Protologue: Sp. pl. 1 : 297 (1753).
Famille: Alliaceae
Nombre de chromosomes: 2n = 16

Noms vernaculaires

  • Ail (Fr).
  • Garlic (En).
  • Alho (Po).
  • Kitunguu saumu, somu, thumu (Sw).

Origine et répartition géographique

On considère que l’ail est originaire d’Asie centrale (Kazakhstan, Ouzbekistan et ouest de la Chine). Cela a été confirmé par des analyses phylogénétiques basées sur des marqueurs moléculaires et biochimiques, qui indiquent également un centre secondaire de diversité dans le Caucase. L’ail s’est répandu dans la région méditerranéenne dès l’Antiquité. Il était déjà cultivé en Egypte en 1600 avant J.-C., et sa culture est très ancienne aussi en Inde et en Chine. Il est aujourd’hui cultivé partout dans les deux hémisphères, de l’équateur à des latitudes de 50°, mais est surtout apprécié en Chine, dans la Méditerranée et en Amérique latine. En Afrique tropicale, l’ail est cultivé dans le Sahel durant la saison fraîche, ainsi qu’en altitude en Afrique de l’Est et australe. Il est apprécié dans la zone des savanes, avec des cultivars locaux très diversifiés. On le trouve rarement, voire jamais, dans les basses terres chaudes et humides.

Usages

L’ail vient au second rang, après l’oignon, parmi les Allium cultivés. Le bulbe, composé de caïeux ou “dents”, est surtout utilisé pour donner de la saveur aux viandes, poissons, sauces et salades, à l’état cru ou cuit, ou plus récemment sous forme deshydratée. Hormis le bulbe, les jeunes hampes florales sont consommées elles aussi en Espagne, Chine et Indonésie, ainsi que les jeunes plantes vertes entières. L’ail est très réputé en phytothérapie. Les utilisateurs d’ail, parmi lesquels nombre d’Africains, vantent son goût et ses vertus bienfaisantes. Broyé à l’état cru, l’ail est fortement antibiotique, et il est réputé abaisser la pression sanguine et le cholestérol et inhiber la formation de caillots sanguins. Les feuilles et le bulbe sont considérés comme ayant des propriétés hypotensives, carminatives, antiseptiques, vermifuges, diaphorétiques et expectorantes. Certaines de ces propriétés prophylactiques sont contestables, mais elles ont suscité une demande et une offre de nombreuses pilules, sirops et poudres basés sur des extraits d’ail.

Production et commerce international

La production mondiale en 2001 est estimée par la FAO à 11 millions de t. La Chine est de loin le producteur le plus important avec 7,9 million t sur 585 000 ha ; les autres principaux producteurs sont : l’Inde (500 000 t), la Corée du Sud (486 000 t), les Etats-Unis (336 000 t), l’Egypte (215 000 t), la Russie (202 000 t), l’Espagne (179 000 t), l’Argentine (130 000 t), l’Ukraine (127 000 t) et la Turquie (103 000 t). L’Afrique du Nord méditerranéenne (sans l’Egypte) produit 66 000 t, et l’Afrique tropicale 29 000 t (surtout le Soudan avec 17 000 t, le Niger avec 8000 t et la Tanzanie avec 2000 t), mais la plupart des pays de l’Afrique de l’Ouest, où la production est réalisée en agriculture traditionnelle et vendue sur les marchés locaux, ne sont pas mentionnés dans les statistiques. Des zones de production sont connues dans le Sahel et dans les hautes terres du Kenya, de Tanzanie, d’Ouganda et de Zambie, mais il n’y a pas de données sur les surfaces cultivées. La production de l’Afrique tropicale n’est pas suffisante pour répondre à la demande locale ; les prix sur les marchés locaux sont élevés, et les importations nécessaires. Les principaux pays exportateurs sont l’Espagne, l’Argentine et plus récemment la Chine. Le Mexique et le Pérou sont des exportateurs occasionnels. Le marché import-export de l’ail est très fluctuant en fonction des prix auxquels il est offert. Les Etats-Unis sont exportateurs d’ail deshydraté.

Propriétés

La valeur nutritive par 100 g de caïeux pelés (c’est-à-dire 79% du poids du bulbe sec) est la suivante : eau 64,3 g, énergie 411 kJ (98 kcal), protéines 7,9 g, lipides 0,6 g, glucides 16,3 g, fibres alimentaires 4,1 g, Ca 19 mg, P 170 mg, Fe 1,9 mg, carotène : traces, thiamine 0,13 mg, riboflavine 0,03 mg, folate 5 μg et acide ascorbique 17 mg (Holland, B., Unwin, I.D. & Buss, D.H., 1991). Quand elle est utilisée avant maturité, la partie comestible de la plante représente 50–70% du poids total. La saveur de l’ail est due à des composés soufrés désignés dans leur ensemble comme S-alkyl-cystéine sulphoxydes. L’ail se caractérise par la prédominance de l’alliine (S-allyl-L-(+)-cystéine sulphoxyde), qui est inodore, mais qui se transforme quand les tissus sont broyés en allicine (diallyldisulfure-mono-S-oxyde), composant principal du goût de l’ail cru. L’allicine est elle aussi instable, en particulier à la cuisson, et se convertit en disulfure de diallyle, composant principal du goût de l’ail cuit.

Plusieurs effets médicinaux de l’ail ont été mis en évidence. In vitro, l’ail présente une activité antibactérienne et antifongique contre les bactéries tant gram + que gram – (y compris les entéropathogènes), les levures pathogènes (Candida spp.) et quelques champignons provoquant des dermatoses. Des essais in vivo sur lapins et cochons d’Inde ont montré des résultats positifs sur des dermatoses fongiques provoquées expérimentalement après des traitements avec un extrait d’ail. Des essais sur lapins et sur rats ont montré que l’extrait d’ail fait baisser le cholestérol et les triglycérides dans le sang, et a aussi des effets antihypertensifs et antihyperglycémiques. La propriété qui a été cependant la plus étudiée est l’effet anti-aggrégation plaquettaire : les extraits d’ail inhibent in vitro l’aggrégation des plaquettes sanguines. Des tests cliniques ont été pratiqués (inhibition de l’aggrégation plaquettaire, diminution des lipides sanguins), mais les résultats ont été contradictoires ou irréguliers. La consommation régulière d’ail est en corrélation avec une diminution du risque de cancer de l’estomac. Des essais sur rats et souris ont montré une action anticarcinogène de l’ail et de ses principaux composants.

Description

  • Plante herbacée érigée, habituellement cultivée comme annuelle à partir de caïeux, pouvant atteindre 150 cm ; tige proprement dite très courte, constituant un plateau à la base de la plante, avec des racines adventives en dessous ; bulbe solitaire, déprimé globuleux à ovoïde, atteignant 7 cm de diamètre, blanc à violacé, composé de (1–)7–15(–40) caïeux sessiles, ovoïdes à ellipsoïdes-oblongs, formés à l’aisselle des 2, 3 ou 4–5 dernières feuilles, chaque caïeu étant composé d’une tunique protectrice, d’une seule gaine foliaire charnue et d’un petit bourgeon central ; fausse tige formée par l’emboitement des gaines foliaires des feuilles successives.
  • Feuilles 4–10, alternes distiques, glabres, avec une gaine tubulaire ; limbe linéaire-oblong, jusqu’à 50 cm × 2,5 cm, quasi-plat ou en forme de V en section transversale, aigu à l’apex, à bords lisses ou crénelés.
  • Inflorescence : ombelle sphérique pouvant atteindre 2,5 cm de diamètre, à l’extrémité d’une hampe pleine pouvant atteindre 150 cm de long, d’abord enroulée en crosse, puis enroulée en cor de chasse et se redressant à la fin ; ombelle composée de fleurs et de bulbilles, ou seulement de bulbilles, enveloppée au début d’une spathe membraneuse s’ouvrant sur un côté.
  • Fleurs en général mal développées ou absentes ; pédicelle mince, jusqu’à 1,5 cm de long ; tépales 6, en 2 verticilles, libres, lancéolés, jusqu’à 3 mm de long, blanc verdâtre ou rose pâle ; étamines 6, habituellement rudimentaires ; ovaire supère, 3-loculaire, style plus court que les tépales.
  • Fruit avorté et sans graines.

Autres données botaniques

Les cultivars d’ail peuvent être classés suivant leurs caractères morpho-physiologiques en groupes de cultivars, qui coïncident avec les catégories délimitées avec les tests biochimiques, excepté dans le centre d’origine (Asie centrale et Caucase), où une diversité génétique considérable se cache sous une morphologie plutôt monotone. L’ail semble avoir diffusé six ou sept fois de ce centre vers le reste du monde.

Une classification d’Allium sativum en 4 groupes a été proposée par Maass & Klaas (1995), fondée sur les caractères morpho-physiologiques et une analyse phylogénétique avec des marqueurs biochimiques et ADN : Groupe Sativum, Groupe Ophioscorodon, Groupe Longicuspis et Groupe Subtropical. Le groupe Longicuspis, qui inclut les cultivars séminifères d’Asie centrale, est considéré comme le groupe ancestral à partir duquel les autres groupes ont évolué. Le Groupe Sativum, très hétérogène (et souvent subdivisé en 5 groupes), et le Groupe Subtropical comprennent des cultivars cultivés sous les tropiques. Le Groupe Ophioscorodon, connu aussi comme rocambole ou “ail-serpent”, est surtout cultivé en Europe de l’Est.

Trois groupes classés dans le Groupe Sativum sont cultivés en Afrique tropicale : le premier (distingué par son type isozymatique IIa) a un bulbe blanc ou mauve pâle composé de 20–40 petits caïeux blancs ou rose pâle, des feuilles érigées et étroites, et une longue et mince fausse tige, et il est cultivé en Egypte et dans les basses terres tropicales ; le second (rameau tropical du type isozymatique IIb) a un petit bulbe composé de 10–12 petits caïeux roses, et est cultivé au Sénégal, au Mali et au Niger ; le troisième (rameau tropical du type isozymatique IIc) a un bulbe blanc composé de 8–12 caïeux blancs, des feuilles relativement larges, et est cultivé dans des régions plus fraîches où sont présents des immigrants chinois. Le quatrième groupe cultivé en Afrique tropicale relève du Groupe Subtropical (distingué par son type isozymatique Vb) ; il a un bulbe violet composé de 5–10 gros caïeux, des feuilles relativement larges et retombantes, et est cultivé dans les hautes terres. Des cultivars de ce même groupe sont cultivés à grande échelle au Mexique, au Pérou et en Thaïlande. La répartition de ces 4 groupes en Afrique est liée aux conditions climatiques (basses terres/hautes terres) mais aussi aux hasards de leur introduction, sauf pour l’un d’entre eux (type isozymatique IIb), qui est caractéristique de l’Afrique de l’Ouest et probablement d’origine très ancienne. Les pays où l’on trouve le plus grand nombre de cultivars sont ceux où l’origine ethnique de la population est la plus hétérogène, comme à la Réunion, où 7 cultivars ont été observés.

Croissance et développement

Au cours de son cycle de vie, la plante d’ail traverse plusieurs phases successives de croissance et de développement. La dormance des caïeux mûrs, induite par des températures de 25–30°C, est éliminée le plus rapidement à 6–7°C. La croissance végétative est la plus rapide à 18–20°C. Quand 12–14 feuilles ont été produites (les premières ont déjà disparu quand les dernières sont émises), le renflement du bulbe est induit à des températures supérieures à 20°C, à condition que la photopériode dépasse un seuil de 12–15 heures, suivant le cultivar, et qu’un “besoin de froid” après l’élimination de la dormance ait été préalablement satisfait. Du fait de toutes ces conditions, la production de bulbes sous les tropiques est plus difficile pour l’ail que pour l’oignon. Il y a heureusement une variabilité physiologique considérable parmi les cultivars d’ail. Ceux qui peuvent être cultivés en conditions tropicales ne sont pas fortement dormants, leur “besoin de froid” est peu accusé, et leur seuil photopériodique est à peine 12 heures. Le cycle complet varie de 4 mois (sous les tropiques, ou pour les cultivars fortement dormants plantés au printemps en climat tempéré) à 9 mois (pour des cultivars moins dormants plantés à l’automne sous un climat nord-méditerranéen).

En conditions optimales d’altitude et de latitude, certains cultivars d’ail (par ex. ceux d’Asie centrale ou d’Espagne) produisent régulièrement des inflorescences. Ceuls certains cultivars d’Asie centrale et du Caucase produisent des fleurs bien développées et des graines, à condition que les bulbilles présents parmi les boutons floraux aient été précocement éliminés. Récemment, un clone mexicain de comportement similaire a été découvert. Les autres cultivars qui produisent normalement des inflorescences ont des fleurs qui restent stériles. D’autres cultivars ne produisent pas d’inflorescences en conditions normales, mais seulement sous des altitudes ou latitudes plus élevées.

Ecologie

Sous les tropiques, la culture de l’ail est possible dans les hautes terres, et ne peut se faire que pendant la saison fraîche dans les basses terres. L’ail préfère les terres légèrement limoneuses. Il redoute l’acidité du sol et demande un pH de 6–7 ou un peu plus élevé. Il est sensible à la toxicité de l’alumine.

Multiplication et plantation

L’ail est le plus souvent multiplié par caïeux, très rarement par les bulbilles d’inflorescence. Dans la plupart des cas en Afrique, à des latitudes de 10–25°, on le plante à la fin de la saison des pluies. Le sol doit être profondément travaillé avant plantation. Comme les bulbes ne deviennent pas très gros sous les tropiques, surtout dans les basses terres, on plantera assez serré : 40–60 plants/m2, ou 800–1200 kg/ha de caïeux de 2 g. Les caïeux sont plantés verticalement, la pointe en haut, à 5–7 cm de profondeur. Un léger paillage de paille de riz après plantation sera le bienvenu.

Gestion

Suivant la fertilité du sol, il faut une bonne fertilisation contenant des sulfates ; par ex. 150 kg/ha de N, 65 kg P et 125 kg K pour une récolte de 10 t/ha. On appliquera 200 kg/ha de triple superphosphate pendant le travail du sol, puis un mélange de 80 kg d’urée, 80 kg de sulfate d’ammonium et 50 kg de chlorure de potassium par ha en complément, en 3 applications séparées à 15, 30 et 45 jours après plantation. Les amendements organiques ne doivent être appliqués que très bien décomposés, ou sur la culture précédente. L’ail est très sensible à l’acidité du sol et à la toxicité aluminique, conditions qui peuvent être améliorées par l’application de calcaire finement broyé dans le sillon de plantation, à raison de 2 t/ha dans des sols de pH <6. Cultivé pendant la saison sèche, l’ail doit être régulièrement arrosé car son enracinement est superficiel. L’irrigation à la rigole est préférable. On peut cependant arroser par aspersion pendant les heures chaudes entre 11h et 15h, quand les conditions sont défavorables à Alternaria porri. L’ail n’est pas un bon compétiteur vis-à-vis des adventices, et doit être desherbé soigneusement surtout à son début de croissance.

Maladies et ravageurs

Les maladies les plus importantes de l’ail sont l’alternariose du feuillage (Alternaria porri) et la maladie des racines roses (Pyrenochaeta terrestris). L’alternariose se développe quand l’humidité de l’air est élevée ; une mauvaise nutrition calcique et la toxicité aluminique accroissent la sensibilité des plantes. On peut lutter par des traitements fongicides (par ex. iprodione ou dithane), mais un matériel de plantation sain, une fertilisation azotée sans excès et des plantations moins denses peuvent aussi réduire les dégâts. La maladie des racines roses est d’origine tellurique, et souvent observée dans le Sahel. Elle peut être tenue en respect par des rotations de 5 ans sans oignon ou ail. Les maladies les plus importantes en climat tempéré, pourriture blanche (Sclerotium cepivorum), maladie vermiculaire (Ditylenchus dipsaci) et rouilles (Puccinia spp.), sont moins à redouter sous les tropiques, car leurs optima de température sont assez bas. Cependant, si elles sont introduites avec des caïeux contaminés, la pourriture blanche (optimum 18°C) et surtout la maladie vermiculaire (optimum 22°C) peuvent apparaître à des altitudes supérieures à 1500 m.

Chaque cultivar d’ail héberge un ou plusieurs virus ; les plus nocifs sont les souches “ail” du virus de la bigarrure de l’oignon (OYDV) et du virus de la striure du poireau (LYSV) appartenant aux potyvirus. Leur élimination par culture de méristème permet un gain de rendement de 25–50% suivant les cultivars et les clones. Une nécrose blanche des extrémités des feuilles, souvent attribuée par erreur aux Botrytis, est le plus souvent non-parasitaire et liée à la sécheresse et à des conditions de sol défavorables.

Le dégât d’insecte le plus répandu est dû à Thrips tabaci qui provoque sur les feuilles une striation grise. On peut lutter contre les thrips par les insecticides, mais une pulvérisation d’eau dans le cornet des feuilles ou même une irrigation par aspersion peuvent limiter leur développement. Les noctuelles (Spodoptera spp.) et d’autres chenilles peuvent endommager les feuilles d’ail ; on risque cependant, en luttant contre ces insectes par des insecticides, de favoriser les thrips du fait que leurs ennemis naturels sont également tués. Les feuilles d’ail sont parfois endommagées par l’omnivore criquet puant Zonocerus variegatus. Au cours du stockage, les bulbes peuvent être envahis par l’acarien Eriophyidé Aceria tulipae, qui prolifère entre la tunique et la chair du caïeu. Un soufrage des bulbes peut limiter sa propagation.

Récolte

On récolte quand les feuilles commencent à jaunir et se dessécher, soit 100–120 jours après plantation, selon le cultivar et les conditions de culture ; en altitude, l’ail peut demander 150 jours pour atteindre sa maturité. Si les tuniques protectrices des bulbes ne sont pas tout à fait sèches à la récolte, on les séchera au champ. Pour éviter le bleuissement dû à l’exposition au soleil, on les disposera en chaînes, les feuilles d’un bulbe recouvrant le suivant.

Rendement

Les rendements atteignent difficilement 5 t/ha en culture traditionnelle sous les tropiques. En utilisant des semences sélectionnées et avec une bonne fertilisation, on peut atteindre 8 t/ha dans les basses terres et 10 t/ha en altitude.

Traitement après récolte

L’ail est conditionné en bottes, en tresses ou en cagettes. Il se détériore rapidement par germination et attaques de moisissures (Penicillium et Aspergillus spp.) à des températures voisines de 7°C. Dans les pays tempérés, on le stocke à –2°C, mais en conditions tropicales on peut le conserver à 27°C dans des locaux bien ventilés. La plupart des cultivars d’Afrique tropicale sont bien adaptés à ces conditions de conservation.

Ressources génétiques

D’importantes collections de cultivars d’ail sont conservées à Gatersleben (Allemagne), Olomouc (Tchéquie), à l’université de Kagoshima (Japon), à La Consulta, Mendoza (Argentine), Lembang (Indonésie) et à l’AVRDC (Taïwan). Une collection de cultivars d’Afrique de l’Ouest est conservée et évaluée au Mali. Les cultivars tropicaux sont difficiles à conserver dans les régions tempérées, car mûrissant trop tôt au printemps et sensibles aux gels intenses.

Sélection

La sélection de cultivars améliorés à partir des graines produites par les cultivars d’Asie centrale est en cours dans plusieurs instituts (Japon, Etats-Unis, Europe, Israël), et peut donner des résultats intéressants pour les pays tempérés (résistance aux virus, cultivars pouvant être reproduits par graines). La récente découverte d’un clone mexicain fertile permettra peut-être d’étendre ce type de recherches aux pays tropicaux. Pour le moment, la voie la plus efficace d’amélioration pour les tropiques consiste, à partir de populations locales ou importées, à pratiquer une sélection clonale sur de larges effectifs, puis à éliminer les virus par culture de méristème. De tels “clones supérieurs régénérés” peuvent donner des rendements supérieurs de 50–100% à ceux des populations initiales hétérogènes et virosées. Une collection de clones tropicaux et subtropicaux ainsi régénérés est conservée à l’INRA-Montfavet (France). L’un deux, ‘Ramsès’, d’origine égyptienne, est multiplié en France en conditions contrôlées, et peut être cultivé à une latitude de 15°N (par ex. au Sénégal) pendant la saison sèche, pourvu que les nuits soient plus fraîches que 15°C en début de croissance. Les parcelles de multiplication doivent être isolées (300 m) de toute culture d’ail et soumises à une rotation de 5 ans au moins sans Allium, et à des inspections pour éliminer les plantes virosées. Même si la culture de méristème ne peut être envisagée dans les laboratoires locaux, la sélection clonale préliminaire sera avantageusement réalisée sur place.

Perspectives

L’importance commerciale de l’ail s’accroît, car les consommateurs l’apprécient pour ses qualités aromatiques et phyto-thérapeutiques. L’intérêt des paysans pour cette culture s’est accru considérablement ces derniers temps. Les pays africains s’efforcent de s’affranchir des importations. Des bulbes-mères de clones supérieurs régénérés peuvent être reproduits deux ou trois fois en conditions tropicales après leur importation, ce qui réduit le coût du matériel de plantation, mais si c’est possible économiquement, il vaudrait mieux organiser leur multiplication contrôlée sur place, de préférence par des coopératives de producteurs. La reproduction par graines de cultivars améliorés pourrait être une solution de rechange, mais il faudrait pour cela que plusieurs difficultés soient surmontées (par ex. développement de bulbilles dans l’inflorescence, développement lent des plantes issues de graines, hétérozygotie). De plus, les graines devraient être importées en Afrique, mais les paysans pourraient les utiliser la première année et produire ensuite des cultures par multiplication végétative, jusqu’à ce qu’il devienne plus rentable d’acheter à nouveau des graines.

Références principales

  • Engeland, R.L., 1991. Growing great garlic: the definitive guide for organic gardeners and small farmers. Filaree Farm Productions, Okanogan, WA, United States. 213 pp. (illustr. + suppl. (1995) 33 pp.).
  • Etoh, T., Kojima, T. & Matsuzoi, N., 1992. Fertile garlic clones collected in Caucasia. In: Hanelt, P., Hammer, K. & Knupffer, H. (Editors). The genus Allium. Taxonomic problems and genetic resources. Proceedings of an international symposium held at Gatersleben, June 11–13, 1991. Institute of Genetics and Crop Plant Research, Gatersleben, Germany. pp. 49–54.
  • Etoh, T., Noma, Y., Nishitarumitzu, Y. & Wakamoto, T., 1988. Seed productivity and germinability of various garlic clones collected in Soviet central Asia. Memoirs of the Faculty of Agriculture, Kagoshima University 24: 29–39.
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  • Maass, H. & Klaas, M., 1995. Intraspecific differentiation of garlic (Allium sativum L.) by isozyme and RAPD markers. Theoretical and Applied Genetics 91: 89–97.
  • Messiaen, C.-M., Cohat, J., Leroux, J.P., Pichon, M. & Beyries, A., 1993. Les Allium alimentaires reproduits par voie végétative. INRA éditions. 230 pp.
  • Rabinowitch, H. & Brewster, J.L., 1990. Onions and allied crops. CRC Press, Boca Raton, Florida, United States. 858 pp.
  • Diah Sulistiarini, Juliasri Djamal & Iman Raharjo, 1999. Allium L. In: de Padua, L.S., Bunyapraphatsara, N. & Lemmens, R.H.M.J. (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 12(1). Medicinal and poisonous plants 1. Backhuys Publishers, Leiden, Netherlands. pp. 93–100.
  • van der Meer, Q.P. & Anggoro H. Permadi, 1993. Allium sativum L. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 77–80.

Autres références

  • Burba, J.L., 1995. Panorama mundial y nacional de variedades de ajo: posibilidades de adaptación. Cuarto curso-taller sobre producción, comercialización y industrialización del Ajo. Estación exp. agropecuaria. La Consulta, Argentina. 27 pp.
  • Holland, B., Unwin, I.D. & Buss, D.H., 1991. Vegetables, herbs and spices. The fifth supplement to McCance & Widdowson’s The Composition of Foods. 4th Edition. Royal Society of Chemistry, Cambridge, United Kingdom. 163 pp.
  • Le Bon, A.M. & Siess, M.H., 2000. Organosulfur compounds from Allium and the chemoprevention of cancer. Drug Metabolism and Drug Interactions 17(1–4): 51–79.

Sources de l'illustration

  • van der Meer, Q.P. & Anggoro H. Permadi, 1993. Allium sativum L. In: Siemonsma, J.S. & Kasem Piluek (Editors). Plant Resources of South-East Asia No 8. Vegetables. Pudoc Scientific Publishers, Wageningen, Netherlands. pp. 77–80.

Auteur(s)

  • C.-M. Messiaen, Bat. B 3, Résidence La Guirlande, 75, rue de Fontcarrade, 34070 Montpellier, France
  • A. Rouamba, Délégué Régional, INERA, B.P. 49, Tougan, Burkina Faso

Consulté le 16 août 2022.