Pi-t'si (Potager d'un curieux, 1899)

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Pipengaille
Potager d'un curieux, Introduction
Poire de terre Cochet


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Nom accepté : Eleocharis dulcis


PI-T'SI


Eleocharis tuberosa Schult.


Scirpus tuberosus Roxb., Plants of the coast of Coromandel, pl. 231 ; Cyperus dulcis Rumph., Herb. Amb., 6, p. 7, tab. 3; Bossai, vulgo Qaai, Koempfer, Amænitatum exoticarum, fasc. V, p. 827.


Fam. des Cypéracées.


C'est une forme tubérifère de l’Eleocharis plantaginea Retz. Plante aquatique, vivace, originaire de l'extrême Orient. Racine fibreuse, stolonifère, produisant des tubercules arrondis du volume d'une petite Noix. Tige dressée, noueuse, aphylle, munie à la base d'une ou deux courtes gaines. Fleurs en épi terminal, solitaire, cylindrique. Ecailles oblongues, membraneuses, margi-


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nées. 3 étamines. Style trifide, plus rarement bifide, épaissi à la base, comprimé. Achaines obcordiformes, entourés de petites soies recourbées.

Vers 1655, Martinus Martini, dans son Novus Atlas sinensis, disait : « Ville de Kia-hing (Prov. Che Kiang).

Les Chinois nomment Pe ci une plante à fruits (1) ronds qui croît dans les eaux stagnantes de toute cette région. Le volume de ces fruits n'excède guère celui d'une Châtaigne. L'amande en est couverte d'une peau très fine, de couleur brune, et sa pulpe, d'un blanc très pur, est pleine de suc, d'une saveur agréable, plus dure que celle des fruits ordinaires et quelque peu acide.

Si, en même temps que le fruit, vous mettez dans votre bouche une monnaie de cuivre, vous la briserez avec les dents aussi facilement que le fruit, et vous la réduirez en pulpe comestible par une force merveilleuse de la nature dont j'ai d'ailleurs fait souvent moi-même l'épreuve. »

En 1696, le R. P. Louis Le Comte, dans ses Nouveaux mémoires sur l'état de la Chine, parlant du Pe ci, rapporte ce qu'a dit Martini, que, lorsque ces fruits sont inâchés en même temps qu'une monnaie de cuivre, celle-ci est aisément broyée avec les dents, conte que l'on rencontre aussi dans les livres chinois ; mais Le Comte réfute cette assertion en invoquant sa propre expérience (Notes extraites de l'ouvrage intitulé : Early European researches in to the Flora of China, by E. Bretschneider, D. M. London, 1881).

M. le Dr Bretschneider nous écrivait de Saint-Péters-

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(1) Les missionnaires ont cru voir un fruit dans ce qui n'était qu'un tubercule. — P. B.


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bourg, le 20 novembre 1885 : « Le nom chinois de l'Eleocharis tuberosa est Pi t'si. La plante est cultivée partout en Chine, à Pékin aussi bien qu'à Shang-Haï, Canton, etc.

« J'en ai envoyé des tubercules, qui ont la grosseur d'une Châtaigne, à feu M. Decaisne, mais ils ne sont pas arrivés en bon état. L’Eleocharis tuberosa serait une bonne acquisition pour nos cultures, parce que ses tubercules sont très bons à manger. Pour les envoyer de Chine en France, il faudrait les mettre dans un pot rempli de vase et d'eau. Quelqu'un devrait se charger de prendre soin de ce pot sur le bateau et de renouveler l'eau qui s'évapore. De cette manière, on apporteraitde jeunes plantes à Marseille.

« La plante se cultive dans l'eau, comme le Riz. Je ne suis pas à même de vous indiquer une personne en Chine à laquelle vous pourriez vous adresser pour cette affaire, mais je vous conseillerais d'aller voir mon ami M. Dévéria, premier interprète chinois au ministère des Affaires étrangères, il vous dira ce qu'il faut faire. »

Notre savant correspondant nous écrivait encore, en date du 7 juin 1887 : « La plante est beaucoup cultivée aux environs de Pékin, dans des terrains submergés.

Elle ne fleurit jamais. On la cultive pour ses tubercules, qui ne se forment que très tard en automne. On les récolte au printemps et on les mange crus ou cuits ; on les confit aussi dans le vinaigre. Les Européens ne

mangent pas beaucoup le Pi t'si ; cependant, il a un goût assez agréable. On n'a pas besoin, comme on nous l'a dit, de rejeter le résidu après avoir mâché le tubercule. »

Dans la même lettre, le docteur renouvelait ses recommandations pour le transport des plantes aquatiques chinoises.


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Nous lisons dans Roxburgh, Flora indica, volume I, page 210 : « La plante est citée par l'abbé Grosier sous le nom de Pi t'si. Sous les noms de Maatai, Pu-tsai ou Pe t'si, ou Châtaigne d'eau des Chinois. M. Duncan, pour déférer au désir du gouverneur général, l'a envoyée de Canton au Jardin botanique de la Compagnie, à Calcutta, où elle fleurit vers la fin des pluies, en septembre.

« Pour les usages économiques de ses racines tubéreuses, je demande la permission, dit Roxburgh, de m'en référer, d'une part, à l'abbé Grosier et aux autres historiens qui ont eu l'occasion d'observer de quelle manière elles sont employées par les Chinois, et, d'autre part, à l'extrait suivant de la lettre de M. Duncan qui accompagnait les plantes : « Maa tai, Pu tsai ou Pi t'si, selon l'abbé Grosier, Châtaigne d'eau. Se cultive dans des réservoirs qui sont fumés pour la plantation, vers la fin de mars. On fait alors écouler l'eau du réservoir et l'on pratique dans le fond de petites cavités qu'on emplit d'engrais humain et qui demeurent exposées au soleil pendant un quinzaine de jours. Leur contenu est bientôt intérieurement mélangé avec le fond vaseux du réservoir et les éclats ou les racines y sont déposés. L'eau est alors ramenée et la nouvelle récolte atteint sa perfection le 1er septembre. Cette noix est très estimée des Chinois de toute classe, non seulement comme racine pour le pot, mais aussi comme remède. On la mange bouillie ou crue. Je ne me porterais pas garant des vertus singulières attribuées au Maatai, mais je citerai seulement une des plus plausibles. Les enfants jouent ici avec des pièces de monnaie dans la bouche ; celles-ci glissent quelquefois dans leur estomac et provoquent des symptômes alarmants. Le noix, crue ou bouillie, leur est alors immédiatement donnée en quantité, elle


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ne manque jamais de les soulager et est toujours considérée comme un spécifique. On prétend qu'elle décompose le métal. »

Nous pourrions, comme Roxburgh, nous en référer à la Description générale de la Chine, Paris, 1785, par l'abbé Grosier, mais cet ouvrage n'est pas à la disposition de tout le monde et le lecteur serait privé des renseignements qui s'y trouvent et qui sont des plus intéressants. Nous reproduisons donc ici les passages relatifs aux plantes comestibles aquatiques :

« On a osé avancer en Europe que les Chinois laissent une partie de leurs terres sans culture ; on ignorait, sans doute qu'ils cultivent le fond même des eaux et que le sol des lacs, des étangs, des ruisseaux, leur fournit des moissons qui nous sont encore inconnues. Leur industrieuse activité leur fait trouver des ressources dans un grand nombre de plantes aquatiques, dont plusieurs, telles que le Pi t'si et le Lien hoa, font les délices des meilleures tables chinoises.
Le Gouvernement, pour donner au peuple l'exemple de cette culture, a soin d'en faire planter dans les étangs, dans les nappes d'eau et dans toutes les eaux qui appartiennent à l'État. L'empereur lui-même en fait garnir les pièces d'eau qui ornent ses jardins, et presque tous les fossés de son palais en sont remplis. Les fleurs et la verdure de ces plantes utiles couvrent aussi presque entièrement les deux immenses nappes d'eau qu'on trouve au centre de Pékin et qui ne sont séparées que par un seul pont où tout le monde passe et d'où l'on peut considérer les magnifiques jardins du palais de l'empereur. Le Pi t'si ou la véritable Châtaigne d'eau (1)

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(1) Pour nous, le Trapa natans est la véritable Châtaigne d'eau, et d'ailleurs nous n'en avons pas d'autre ; mais les Chinois ont le Pi t'si et le Ling-kio, et, pour eux, le Pi t'si est la véritable Châtaigne d'eau.


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ne croît que dans les provinces méridionales de la Chine; elle dépérit à Pékin. Ses feuilles sont longues comme des Joncs, mais creuses et formées en tuyau comme celles des Ciboules. Ce que la plante a d'extraordinaire, c'est que son fruit se trouve dans une enveloppe que forme sa racine, et y est renfermé comme la Châtaigne dans sa coque épineuse ; on rompt cette coque et l'on détache le fruit sans. endommager la plante. Cette Châtaigne d'eau est très saine et d'un goût très délicat; on la donne à mâcher aux malades pour leur rafraîchir la bouche. »

Nous avons fait jusqu'ici de vains efforts pour nous procurer le Pi t'si.

Nous avons reçu du R. P. Heude, de Shang-Haï, plusieurs tubercules d’Eleocharis tuberosa qui sont arrivés à Paris trop fatigués par le voyage pour qu'il nous fût possible de les faire végéter.

Le Dr Bretschneider nous dit bien ce qu'il faut faire ; mais où trouver le voyageur complaisant qui consentira à se charger du transport des racines, à leur donner l'eau nécessaire, enfin à ajouter le précieux pot à ses impedimenta de voyage ? Nous ne sommes pas découragés, mais nous sommes fort embarrassés.

Ce qui peut consoler les amateurs des environs de Paris, c'est que le climat n'y permettrait pas la culture du Pi t'si ; non qu'il ait rien à redouter du froid sous l'eau dont il serait couvert, mais parce que la récolte de ses tubercules se fait tard en automne, et que nous n'avons pas, comme à Pékin, après des hivers où le


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thermomètre descend à 20°, six mois de chaleurs tropicales. M. l'abbé David a observé 40° à l'ombre dès le mois de mai.

La Châtaigne d'eau chinoise serait donc, chez nous, confinée dans quelques-uns de nos départements les plus méridionaux.


C'est ici le lieu de parler de deux Eleocharis, voisins du Pi t'si. A notre grand regret, nous n'avons pas jusqu'ici réussi à nous les procurer, et nous ne pouvons, par conséquent, leur consacrer un article à part. Nous prions instamment les personnes qui recevraient des tubercules de ces plantes, de vouloir bien nous en informer :


Nom accepté : Eleocharis dulcis

Eleocharis esculenta Vieillard
(Herb. de la Nouvelle-Calédonie, n° 1456).

Plante herbacée, touffue, stolonilère; stolons munis de tubercules farineux, ayant beaucoup de ressemblance avec ceux du Cyperus esculentus L. ; tiges dressées, aphylles, de 40 à 50 centimètres de hauteur, jonciformes, lisses, de couleur verte, divisées intérieurement par de nombreux diaphragmes peu apparents sur le frais ; gaines pellucides, membraneuses, courtes, terminées par une ligule triangulaire aiguë. Fleurs en épis allongés, verdâtres, hermaphrodites, les inférieures stériles; écailles verdâtres, membraneuses, larges, concaves, scarieuses sur les bords, striées au centre ; périgone soyeux ; soies 8, inégales, blanches et scabres ; étamines


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3 ; anthères allongées, mucronées, deux fois plus longues que les filets ; ovaire comprimé, surmonté d'un style persistant; graine noire, luisante.

Cette Cypéracée est très commune dans les endroits inondés ; ses tubercules sont alimentaires et assez recherchés (1).

En présence de la description qu'on vient de lire et des indications dont elle est accompagnée, il nous semblait qu'il serait facile de trouver l’Eleocharis esculenta.

Nous avons écrit à diverses reprises à notre correspondant. Nous lui avons indiqué les marais des environs de Balade comme étant l'habitat certain de la plante ; nous l'avons fatigué de nos demandes réitérées. Il nous a toujours répondu que l’Eleocharis esculenta était introuvable.


Nom accepté : Eleocharis dulcis ?

Eleocharis plantaginea F. Mueller.
Nom local, Caya.
Scirpus sphacelatus Spreng.

L'Éléocharide sphacélée habite les lagunes, les criques, les étangs de l'Australie. Chaque plante donne de six à huit tubercules, petits, presque sphériques. Ces tubercules, cuits et fortement broyés entre deux pierres, sont préparés à la façon des gâteaux d'amandes.

Nous avons demandé en vain en Australie (Queensland) l'Éléocharide sphacélée. Nous n'avons reçu que la brochure qui la signale :

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(1) Revue maritime et coloniale, 6 décembre 1862, 24e livraison, p. 623. Essai sur la Nouvelle-Calédonie, par Vieillard, chirurgien de la marine.


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Notes on some of the roots, tubers, bulbs and fruits, used as vegetable food by the aboriginals of northern Queensland, Australia, by A. Thozet ; Rockhampton, 1866.